D'abord vouqs flottez, comme en état d'apesanteur. Vous etes devenu un corps etranger, un colporteur de vous-même. Un vagabond de l'espace et du temps. Sur certaines photographies, les migrants ressemblent parfoisà des ombres sans ombres, sans age et sans papiers...
Si les sédentaires vous craignent, s'ils vous rejettent, c'est sans doute parce qu'ils recouvrent en vous voyant passer une peur primitive : celle de l'apatride, de l'invidu qui doit survivre lorsqu'il a perdu sa tribu et qu'il n'appartient plus à aucune communauté. A première vue, votre accent, vos maladresses, vos incompréhensions, vos vêtements, vos coutumes, votre apparence les font rire. Mais en vérité ce rire est un rite de conjuration. Vous êtes le reflet de ce qu'ils ne veulent pas ou de ce qu'ils n'osent pas être. Ils redoutent votre solitude. Ils envient votre liberté passagère.
Mais tôt ou tard, vous allez jeter l'ancre. Domicilier votre ombre, poser vos valises. Vous aggrper au quotidien. Affronter le regard des autres tout en occupant leur territoire. Apprivoiser leur tolérance. Apprendre a devenir lisse. Prendre parfois la couleur des murs pour vous faire oublier...